Politique

Pierre Espérance frappe fort : « Ce qui est arrivé à Nicolás Maduro pourrait arriver aux membres du CPT s’ils persistent »

La résolution contre le Premier ministre se fissure, l’international durcit le ton, Jocelerme Privert appelle à la continuité de l’État

La crise politique au sommet de l’État haïtien entre dans une phase critique. Entre les avertissements de la société civile, les signaux de plus en plus fermes de la communauté internationale et les divisions internes au Conseil présidentiel de transition (CPT), la tentative de révocation du Premier ministre apparaît aujourd’hui fragilisée, voire menacée d’implosion.

Dans une interview accordée aux journaux, Pierre Espérance, directeur exécutif du Réseau national de défense des droits humains (RNDDH), ne mâche pas ses mots. Il établit un parallèle lourd de sens : « Ce qui est arrivé à Nicolás Maduro pourrait arriver aux membres du CPT s’ils persistent ». Une déclaration qui intervient alors que les États-Unis ont déjà commencé à passer à l’action par des restrictions de visas et que des sanctions plus larges sont ouvertement évoquées dans les cercles diplomatiques.

Selon Pierre Espérance, la résolution visant à révoquer le Premier ministre ne tient déjà plus. Il révèle que deux des cinq conseillers-présidents signataires se sont retirés du processus. Une information qui confirme les fractures internes au CPT et qui affaiblit considérablement la portée politique et institutionnelle de cette initiative.

Alors que certains conseillers-présidents tentaient de projeter l’image d’un front uni, les faits racontent une autre histoire. Les retraits évoqués par Pierre Espérance traduisent un malaise profond au sein du CPT, confronté à une pression internationale sans précédent et à un risque personnel désormais assumé par Washington.

Les États-Unis, soutenus par le Canada et d’autres partenaires, lient désormais clairement la stabilité institutionnelle à la lutte contre les gangs. Toute manœuvre politique perçue comme une entrave à cette lutte est interprétée comme un facteur aggravant de l’insécurité. Dans ce contexte, la tentative d’éviction du Premier ministre apparaît, aux yeux de plusieurs chancelleries, comme une initiative dangereuse, susceptible de replonger le pays dans un chaos institutionnel.

Invité de l’émission Le Rendez-Vous animée par Volcy Assad, ce lundi 26 janvier 2026, l’ancien président Jocelerme Privert a tenu à clarifier ce qu’il qualifie de confusion volontairement entretenue autour de la fin du mandat de la transition.

Pour Jocelerme Privert, la fin du mandat présidentiel ne signifie en aucun cas l’arrêt du fonctionnement de l’État. « Même si le président s’en va, le gouvernement en fonction continue d’exercer le pouvoir exécutif », a-t-il expliqué, rappelant que la continuité administrative est assurée par le Conseil des ministres. Il rejette catégoriquement la thèse d’un vide institutionnel après le 7 février, qu’il qualifie de débat sans fondement réel, en l’absence d’événements exceptionnels ou de dispositions légales contraires.

Afin d’illustrer son propos, l’ancien président du Sénat et de l’Assemblée nationale évoque le précédent du Premier ministre Ariel Henry. Lorsque celui-ci a présenté sa démission, l’État ne s’est pas arrêté de fonctionner, insiste Privert.

Jocelerme Privert a également tenu à rappeler un principe fondamental du droit constitutionnel haïtien : le président ne dispose d’aucun pouvoir pour révoquer un Premier ministre. Une fois ratifié par les deux Chambres du Parlement, seul ce dernier peut lui retirer sa confiance par un vote de censure entraînant sa démission.

« Les Premiers ministres démissionnent lorsqu’ils sont dans l’incapacité de poursuivre leurs fonctions ou suite à une décision du Parlement », souligne Privert. En l’absence de Parlement fonctionnel, le Conseil des ministres demeure l’organe garant de l’exercice du pouvoir exécutif jusqu’à l’organisation d’élections.

L’ancien président a aussi clarifié un point souvent mal interprété. Il n’a jamais affirmé que le pays disposait d’un Parlement fonctionnel depuis le 20 janvier 2020. Depuis l’assassinat du président Jovenel Moïse, aucune élection présidentielle ou législative n’a été organisée. Haïti se trouve aujourd’hui dans une deuxième transition politique, dont le mandat arrive à échéance dans moins de dix jours.

Pour autant, selon Privert, cette situation ne signifie ni suspension ni paralysie du pouvoir exécutif. Avec Laurent Saint-Cyr à la tête du CPT et un Conseil des ministres opérationnel, l’État continue de fonctionner dans le cadre constitutionnel existant, assurant la légitimité des décisions administratives jusqu’aux prochaines élections.

Les déclarations de Pierre Espérance, conjuguées à l’analyse juridique de Jocelerme Privert, s’inscrivent dans un contexte international de plus en plus clair. Les États-Unis, appuyés par le Canada, ne tolèrent plus les initiatives politiques susceptibles de fragiliser la lutte contre les gangs. Les restrictions de visas ne constituent qu’un premier palier. Des sanctions ciblées, comparables à celles imposées à d’autres régimes accusés de dérives autoritaires, sont désormais ouvertement évoquées.

Dans ce climat, la comparaison faite par Pierre Espérance avec Nicolás Maduro agit comme un avertissement frontal : persister dans une logique de rupture institutionnelle pourrait exposer les membres du CPT à un isolement diplomatique sévère, avec des conséquences personnelles, politiques et financières.

Entre les retraits internes, la pression internationale et les rappels constitutionnels, la résolution visant à révoquer le Premier ministre apparaît de plus en plus affaiblie. La crise actuelle ne se joue plus uniquement à la Villa d’Accueil, mais aussi dans les capitales étrangères, où les décisions commencent à se traduire par des actes concrets.

À quelques jours du 7 février, une question domine désormais le débat national : le CPT choisira-t-il la voie de l’apaisement et de la continuité institutionnelle, ou s’enfermera-t-il dans une confrontation dont les conséquences pourraient dépasser largement le cadre politique haïtien ?

Haiti Aujourd'hui

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